Psychoéducation · 24 octobre 2026
Vouloir trop bien faire : le piège des solutions toutes faites
Se lever tôt, manger sain, faire du sport : de bonnes habitudes deviennent un problème quand elles servent à calmer l'anxiété. Comment faire la différence.
Se lever à 5 h, manger sain, faire du sport tous les jours, méditer, ne plus toucher au sucre. Ces habitudes sont partout : dans les livres de développement personnel, sur les réseaux sociaux, dans les conseils de santé. Elles ont tout pour plaire. Et pour beaucoup de personnes, elles sont effectivement bénéfiques.
Pourtant, en consultation, je rencontre régulièrement des personnes pour qui ces « bonnes » habitudes sont devenues une source de souffrance. Ce n'est pas l'habitude qui pose problème. C'est la raison pour laquelle on la pratique, et la façon dont elle finit par nous tenir.
Un même comportement, deux fonctions très différentes
En thérapie cognitive et comportementale (TCC), on ne s'intéresse pas seulement à ce que fait une personne, mais à la fonction de ce comportement : à quoi sert-il, pour elle ?
Prenons l'exemple du sport. Deux personnes courent quatre fois par semaine :
- la première court parce qu'elle aime ça, que cela lui fait du bien et qu'elle s'en passe sans difficulté quand elle est malade ou en vacances ;
- la seconde court parce que, si elle ne le fait pas, elle se sent coupable, anxieuse, « pas à la hauteur ». Elle court même blessée, refuse un dîner pour ne pas manquer sa séance, et une journée sans sport est une journée ratée.
De l'extérieur, c'est le même comportement. Mais pour la première, il s'agit d'aller vers quelque chose qui compte pour elle. Pour la seconde, il s'agit surtout d'éviter une émotion désagréable : l'anxiété, la culpabilité, la peur de perdre le contrôle. Et, comme toujours avec l'évitement, le soulagement est de courte durée et la règle devient de plus en plus stricte.
Quand la bonne habitude devient une règle rigide
Une habitude choisie est souple. Une règle dictée par l'anxiété ne l'est pas. Quelques exemples fréquents :
- Se lever tôt pour « optimiser » ses journées, jusqu'à dormir trop peu et culpabiliser à chaque grasse matinée.
- Manger sain, jusqu'à classer les aliments en « purs » et « interdits », passer beaucoup de temps à planifier ses repas et éviter les repas partagés.
- Faire du sport, jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer un seul jour, même malade ou épuisé.
- Être productif, jusqu'à ne plus pouvoir se reposer sans se sentir inutile.
On parle parfois d'orthorexie pour décrire une préoccupation excessive pour l'alimentation « saine ». Ce n'est pas un diagnostic officielsource 1, mais le terme décrit une réalité clinique. Et dans certains cas, ces règles alimentaires ou sportives sont la porte d'entrée vers un véritable trouble des conduites alimentaires (TCA), comme l'anorexie ou la boulimie.
Pourquoi ces solutions sont si séduisantes
Ces habitudes ont un énorme avantage : elles sont socialement valorisées. Personne ne s'inquiète de quelqu'un qui mange équilibré et fait du sport ; on le félicite plutôt. C'est ce qui rend le piège si difficile à repérer, pour la personne elle-même comme pour son entourage.
Elles donnent aussi un sentiment de contrôle. Quand la vie paraît incertaine ou stressante, maîtriser son alimentation, son sommeil ou son emploi du temps apporte un apaisement réel. Le problème, c'est que ce contrôle doit sans cesse être renforcé pour continuer à apaiser. Ce mécanisme est proche de celui décrit dans l'article sur le cercle vicieux de l'anxiété.
Enfin, les « solutions toutes faites » des réseaux sociaux ne tiennent pas compte de vous : de votre rythme, de votre histoire, de vos besoins. Une routine qui convient à quelqu'un peut être inadaptée, voire nocive, pour quelqu'un d'autre.
Les signes qui doivent alerter
Posez-vous ces questions :
- Est-ce que je ressens de l'anxiété ou de la culpabilité importante quand je ne respecte pas ma règle ?
- Est-ce que mes règles se multiplient ou deviennent plus strictes avec le temps ?
- Est-ce que je renonce à des moments sociaux (repas, sorties, vacances) pour ne pas déroger à mes habitudes ?
- Est-ce que ma valeur personnelle dépend de ma capacité à « tenir » ?
- Est-ce que je continue malgré des signes que mon corps ou mon moral en souffrent (fatigue, blessures, perte de poids importante, isolement) ?
Si vous répondez oui à plusieurs de ces questions, il peut être utile d'en parler à un professionnel.
Ce que la TCC peut apporter
La thérapie aide à identifier la fonction de ces habitudes, ce qu'elles vous permettent d'éviter, et les croyances qui les soutiennent (« si je relâche, je vais tout perdre », « je ne vaux quelque chose que si je suis discipliné »). Pas à pas, il s'agit de retrouver de la souplesse : garder ce qui vous fait du bien, et choisir vos habitudes plutôt que de les subir.
En cas de suspicion de trouble des conduites alimentaires, un suivi pluridisciplinaire est recommandésource 2, avec votre médecin traitant. N'hésitez pas à demander de l'aide : plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de rétablissement.
Pour aller plus loin, découvrez la thérapie cognitive et comportementale, ou les pages sur l'anxiété généralisée et les TOC, quand les règles et le besoin de contrôle prennent beaucoup de place.
Sources
- Donini LM, Barrada JR, Barthels F, et al. A consensus document on definition and diagnostic criteria for orthorexia nervosa. Eat Weight Disord. 2022;27(8):3695-711.
- Haute Autorité de santé. Anorexie mentale : prise en charge. Fiche de synthèse. Saint-Denis : HAS ; 2010.
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